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Ahmed Aboutaleb,

né a Beni Sidel en 1961/ 29 aout. arrivé aux Pays-Bas en 1976.

maire adjoint d'Amsterdam: «Les Hollandais doivent cesser de cibler l'Islam. Les Marocains doivent accepter de parler de leurs difficultés d'intégration»

Un entretien avec Ahmed Aboutaleb, maire adjoint d'Amsterdam,

Ahmed Boutaleb est la meilleure preuve qu'un Marocain peut réussir aux Pays-Bas. Fils d'un ouvrier venu du Rif, il a surmonté tous les obstacles pour devenir le symbole d'une intégration qui s'est accomplie dès la deuxième génération de l'immigration. Economiste, professeur d'université, directeur de l'Office des statistiques, il a rejoint les rangs du parti socialiste pour se faire élire à 42 ans maire adjoint d'Amsterdam, en charge des questions sociales. Mais il reste fidèle à ses origines : il parle l'arabe et il a épousé une fille du vieux pays.

Pour les 350.000 Marocains qui vivent aux Pays-Bas, ce parcours sans faute est une raison de croire à l'égalité des chances promise par l'Etat-providence néerlandais. D'autant qu'Ahmed Boutaleb n'est pas le seul exemple : en politique, il compte au moins une collègue, Naima Azzough, député de 30 ans et fille d'immigrés. Ces deux succès sont aussi la meilleure réponse à la propagande de ces extrêmistes de l'Islam qui, malheureusement, inspirèrent l'assassin marocain du cinéaste Theo Van Gogh.

La ministre néerlandaise de l'intégration, Rita Verdonk vient d'effecteure une visite au Maroc. Mais elle n'a pas réussi à trouver un accord avec les autorités de Rabat sur la double nationalité. Les Pays-Bas comptent la supprimer pour la troisième génération des immigrés marocains. Le Maroc entend maintenir la nationalité marocaine pour toutes les personnes nées de parents marocains. Y a-t-il un compromis possible ?

Je ne pense pas que Rita Verdonk trouvera une solution à ce problème car, pour le Maroc, il s'agit d'une position de principe qui reflète une problématique très compliquée. J'espère qu'avec le temps, chaque partie saura identifier ses intérêts et engager des négociations qui permettront la convergence des deux thèses.

Au lieu de se focaliser sur la seule immigration marocaine, Mme Verdonk devra étendre cette revendication de la nationalité unique à l'ensemble des autres communautés, définissant ainsi une règle générale. Autrement dit, si quelqu'un souhaite avoir la nationalité hollandaise, il doit abandonner sa nationalité de naissance. En tout cas je me réjouis de constater qu'il y a une nouvelle approche néerlandaise : les autorités souhaitent mieux connaître le Maroc. De hauts responsables comptent se déplacer prochainement au Maroc comme le ministre des affaires étrangères néerlandais vers la fin juin.

Il ne se passe pas de jour sans que les médias néerlandais ne soulignent telle ou telle difficulté de la communauté marocaine à s'intégrer. Comment expliquez-vous ce si grand intérêt ?

Cette situation n'est pas nouvelle. Elle date des années 90, et plus précisément de la Conférence internationale des libéraux organisée en Autriche. Le leader libéral, M. Bolkestein avait alors consacré un long discours au danger que l'Islam représentait pour l'Europe et le développement de la société occidentale. Il avait alors précisé que le monde occidental reposait sur une culture essentiellement judéo-chrétienne et que l'Islam était une religion totalement étrangère. Ce discours a eu un grand impact sur la société néerlandaise, et il a déclenché toute une controverse sur les minorités religieuses et ethniques. L'arrivée en masse de nouveaux immigrés musulmans qui demandaient le statut de réfugiés politiques après les deux Guerres du Golfe, et les événements tragiques en Afghanistan et en Somalie.

Un autre paramètre de taille est que la criminalité a substantiellement augmenté au sein de la communauté marocaine : dans les prisons de jeunes à Amsterdam, la moitié des détenus sont marocains. Et puis, il y a eu des incidents. La réaction de la communauté marocaine après les événements du 11 septembre 2001 a encore desservi les Marocains. Les Hollandais n'ont évidemment pas apprécié de voir des Marocains danser dans la rue tandis que certains allaient jusqu'à dire que c'est ainsi qu'il fallait frapper l'Occident. Plus tard, la manifestation, organisée à Amsterdam pour soutenir la cause palestinienne, a mal tourné. Il y a eu des affrontements avec la police et la ville a subi des dégâts matériels importants dans la ville.

Bien entendu, la crise a connu son paroxysme avec l'assassinat du cinéaste Theo van Gogh. La communauté marocaine n'a pas dévoilé clairement sa position. On aurait tellement voulu qu'il y ait une mobilisation autour de ce douloureux incident et que les Marocains des Pays-Bas disent franchement : . Personne ne conteste que Theo van Gogh avait des positions inadmissibles envers les musulmans et l'Islam. Seulement son assassinat était inadmissible pour les Hollandais. Personne n'a le droit d'imposer ses convictions par la violence.

Une communauté entière mérite-t-elle d'être stigmatisée à cause des égarements d'un seul individu ?
Dans un contexte aussi tragique, il est naturel que le peuple néerlandais tente par tous les moyens de comprendre les motivations expliquant ces actions néfastes et qu'un certain nombre de questions soient posées. De multiples enquêtes ont été réalisées sur tous les plans, socialement, scientifiquement, politiquement et même au niveau des médias pour déterminer l'impact des les mutations sociales et démographiques vécues par la communauté marocaine. L'intérêt abusif de la presse s'explique par le fait que celle-ci tente de poser le problème et le discuter. En revanche, je constate que la communauté marocaine reste introvertie. Elle n'est pas prête à débattre ouvertement de ses problèmes et donc à tenir un discours moderniste adapté à la société dans laquelle elle vit.

Quelles sont les forces politiques qui tirent profit de cette crise de confiance pour jeter de l'huile sur le feu ?

Il y a effectivement la droite,-surtout les conservateurs-, qui fait de ces problèmes une priorité juste pour être majoritaires, et n'épargnent aucune occasion pour coller l'étiquette de l'Islam sur tous les désordres de la société. Leur cheval de bataille est la situation précaire de la femme marocaine aux Pays-Bas. C'est évident que celle-ci est encore analphabète et marginalisée, mais la droite trouve le moyen d'associer sa condition difficile à l'Islam. Depuis deux mois, et à chaque fois que j'ai l'occasion, je donne des interviews sur le petit écran, au moins cinq fois par semaine, en lançant des appels incessants d'arrêter de faire cet amalgame et d'évoquer l'Islam à chaque fois qu'il y a un problème. Je suis prêt à discuter tous les sujets ayant trait à la femme, sans évoquer aucun livre saint.

A mon sens, il ne sert à rien de déceler certains mots du Coran cherchant désespérément à comprendre la place qu'accorde le Coran à la femme comme Mme Hisli, député d'origine somalienne, le fait au parlement. Trouver des fonds et voter des lois en faveur de la femme sont les moyens concrets à travers lesquels on peut améliorer ses conditions d'existence. Je dis haut à la société néerlandaise de cesser de cibler l'Islam et de se concentrer sur l'amélioration de la condition féminine en investissant pour l'éducation de la femme. Aujourd'hui, on constate que cette volonté est absente, et au contraire le gouvernement compte supprimer pour des raisons politiques, le budget qu'il a alloué à la mairie pour l'éducation de cette frange de la société.

La majeure partie de la société néerlandaise fait un amalgame malheureux en attribuant quelques mauvais exemples à l'essence même de la religion musulmane.

Ce sont toujours les mauvaises interprétations qui conduisent à des résultats erronés. A titre d'exemple, un père de famille refuse à sa fille de 16 ans d'aller à l'école, il reçoit la visite de l'inspecteur à la maison qui lui explique que la loi du pays interdit ce genre d'attitude. La réponse de cette personne à l'inspecteur : l'Islam refuse que j'envoie ma fille à l'école et claque la porte. Une fois de retour, l'inspecteur écrit son rapport soulignant que ce père a interdit l'école à sa fille pour des raisons religieuses. Mais, comment pouvez-vous, monsieur, écrire naïvement ce genre d'argument, c'est faux.

Ce père interdit l'école à sa fille pour des raisons purement sociales, et avance des raisons religieuses pour échapper à la loi. A ce moment là, la question que l'on se pose : qui porte préjudice à l'Islam, l'inspecteur ou ce père qui refuse que sa fille soit éduquée ? Je le dis à chaque fois que j'ai l'occasion à notre communauté marocaine : il faut que nos problèmes soient résolus de l'intérieur avant que l'on regarde ce que les autres ont fait ou dit.

L'étude de la fondation Milli Görus a mis l'accent sur les jeunes marocains qui vont chercher leurs conjoints dans leur région d'origine. Avec souvent pour résultat de graves complications sociales.

L'étude a révélé que 59% des Marocains se marient effectivement des régions dont ils sont originaires. Or on a constaté que les mariages consanguins donnent souvent naissance à des enfants handicapés. On a remarqué également que si ce couple a un niveau d'éducation plutôt bas , il reproduit pratiquement le même schéma et les enfants ne poursuivent pas leurs études jusqu'à l'université.

Le but de cette étude est de poser le problème et pousser les jeunes à réfléchir et tirer les conclusions nécessaires. Il y a également un autre genre de jeunes qui cèdent à la pression des parents qui les poussent à se marier avec un membre de la famille pour des raisons économiques, il se trouve que juste après le passage de la saison estivale, ils regrettent ! Ceci mène à des divorces, déchirement familial et des fois à la violence.

Parce que les jeunes quittent l'école trop tôt, ils se retrouvent face à des problèmes sociaux insurmontables. Que faites vous pour les remettre sur les rails ?

Depuis que j'occupe ce poste, j'accorde la priorité à l'éducation, et un montant substantiel de la mairie d'Amsterdam est réservé à ce but.
La ville connaît une expansion urbaine très importante, et elle serait inutile sans la participation effective des jeunes.

Dans ce sens, à Amsterdam, dont le budget est de 5 milliards et demi d'euros, nous avions alloué une enveloppe budgétaire de 56 millions euros pour la maîtrise de la langue néerlandaise et la formation professionnelle des jeunes. Chaque année, nous comptons réaliser la formation professionnelle de l'ordre de 2000 jeunes. En matière de la maîtrise de la langue néerlandaise, chaque année 10.000 personnes suivront gratuitement des cours. En quatre ans, je compte donc avoir porté cet enseignement à 40.000 personnes.

Amsterdam, Propos recueillis par Zineb El Ouardighi

Par Zineb El Ouardighi | LE MATIN


 

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